Episode 3 – « 20 minutes avec » le Responsable d’Exploitation des Châteaux La Garde et Rahoul: Pierre ESTORGE

Par Valentin Jestin, Mai 2020

Peux-tu te présenter en quelques lignes ?

Je m’appelle Pierre ESTORGE, suis Ingénieur Agronome, Œnologue et Responsable d’Exploitation des Châteaux La Garde et Rahoul depuis 7 ans.

J’ai 37 ans et suis originaire de la Corrèze.

Avec ma femme Amélie, nous sommes les heureux parents de deux extraordinaires enfants Emma et Antoine.

Je suis passionné par mon métier, le sport (rugby et running) et la pêche à la truite.

 

Comment es-tu arrivé dans le monde du vin ?

Je ne suis pas issu du milieu viticole et dans ma jeunesse je voulais être archéologue. Rien ne présageait que j’évolue dans le monde du vin.

En revanche, le vin a toujours été présent tout au long de ma vie. Mon grand-père, agriculteur dans le langonais, possédait notamment quelques vignes pour sa production personnelle. Le vin était l’élément central de tous nos moments de convivialité et de partage.

Ce lien entre la terre, le partage, l’émotion et même l’art, m’a toujours touché et à l’approche du BAC, c’est devenu une évidence : je devais faire du vin car il synthétisait toutes les notions et valeurs qui me sont chères.

 

Quelles ont été tes différentes expériences dans le domaine ?

Avant de rejoindre les Vignobles DOURTHE, j’ai été 4 ans le responsable technique du Château de Malle, Grand Cru Classé de Sauternes.

Auparavant, j’ai poursuivi ma formation par un apprentissage dans le bordelais, au Château Carbonnieux (Pessac-Léognan) puis aux USA, à l’INRA (l’Institut National de Recherches Agronomiques) et au Domaine Paul Jaboulet Ainé à Tain l’Hermitage.

J’ai par la suite travaillé à Brokenwood Winery en Australie, à Cloudy Bay en Nouvelle Zélande et à la Cave de Ribeauvillé en Alsace.

 

Pourquoi as-tu choisi d’être Responsable d’Exploitation ? Pourquoi à Bordeaux, dans les Graves et enfin pourquoi chez DOURTHE ?

J’ai choisi ce métier car il est central dans le processus d’élaboration du raisin et du vin. De nos choix et décisions dépendent l’expression et l’émotion que peut transmettre le vin.

Ce métier est un catalyseur d’énergies humaines mises à contribution dans l’unique but de produire le meilleur vin tout en racontant l’histoire de notre terroir.

L’aspect humain de ce métier est donc fondamental. Seul, rien n’est possible. Bien prétentieux et loin de la réalité est celui qui prétend le contraire.

Finalement, c’est le partage et la collaboration au quotidien avec les équipes dans la vigne et dans les chais qui ont fait de ce métier une évidence pour moi.

 

Pourquoi Bordeaux ? Pour plusieurs raisons : l’excellence de ses vins, la précision et l’exigence de sa viticulture, et enfin les racines familiales maternelles.

Les Graves et Pessac Léognan ? Car j’ai une forte attirance pour les grands vins de terroir marqués, qui révèlent la typicité des cépages comme le sauvignon blanc et le cabernet- sauvignon. Seul Pessac-Léognan a la capacité de produire de très grands vins blancs secs et vins rouges à Bordeaux.

Et enfin DOURTHE, pour la précision dans ses réalisations, l’exigence à tous les niveaux, l’excellence des terroirs qu’il exploite et des vins qu’il produit, la grande humilité dans le travail, ses fortes valeurs humaines et familiales.

 

Qu’est-ce qui te motive en te réveillant le matin ?

 J’ai la chance de faire de ma passion un travail. Pouvoir être en extérieur tous les jours, visualiser l’impact de nos choix sur le cycle de la vigne et du vin, et accompagner mes équipes au quotidien sont autant d’éléments qui me motivent en me réveillant.

 

Qu’est-ce que tu préfères dans ce métier ?

 Chaque jour est différent, tout comme chaque millésime. L’avantage de ce métier est de ne jamais tomber dans une quelconque routine et de travailler en extérieur au contact de ses équipes. Il y a toujours une leçon à apprendre, toujours un rappel à l’humilité que nous devons avoir face à la nature et aux éléments.

 

Quelles sont les valeurs que tu penses partagées par les équipes Dourthe ?

L’exigence, la rigueur, l’enthousiasme, la combativité, l’esprit d’équipe et la convivialité.

 

En quoi Château La Garde est-il remarquable pour toi ?

Château la Garde est une pépite, insuffisamment reconnue à mon avis. Son terroir est exceptionnel. Rares sont les propriétés viticoles d’un seul tenant pouvant se targuer de réunir tous les meilleurs terroirs du bordelais : calcaires, argiles, graves profondes, graves sur argiles. La synthèse entre Pomerol, Saint-Emilion, et le Médoc.

 

Comment le définirais-tu en 3 mots ?

Vibrant, pur, authentique.

 

Peux-tu nous dire en quelques exemples comment Château La Garde s’inscrit pleinement dans une démarche écoresponsable ?

L’âme du Château La Garde est son terroir. Sa préservation est fondamentale. Nos certifications dans les démarches environnementales Terra Vitis et HVE3 rencontrent nos convictions, bien qu’on aille encore beaucoup plus loin.

Nous favorisons la biodiversité. Par exemple, nous avons planté 1,4 km de haies, mis en place des corridors écologiques entre plusieurs espaces forestiers.

Nous n’utilisons aucun herbicide et favorisons la vie dans les sols et leur régénération par des semis d’engrais verts. Ces derniers sont adaptés aux caractéristiques du terroir et des vignes par des associations de céréales et de légumineuses.

Nous évoluons en fait de plus en plus vers une viticulture biologique (50% de la surface en bio et bio contrôle et 100% sans produits C. M .R (Cancérigènes, Mutagènes, Reprotoxiques …).

 

Quel est ton objectif principal quand tu conduis les vinifications et durant l’élevage ?

Obtenir le meilleur de chaque raisin en recherchant l’adéquation entre le grain de tanin idéal (le toucher) et l’expression aromatique de la parcelle (le goût). Le but ultime étant de procurer de l’émotion et de la réflexion lors d’une dégustation d’un Chateau La Garde.

 

Un mot sur le millésime 2019 ? Un souvenir particulier que tu garderas de ce millésime au niveau du travail viti-vinicole ?

2019 est un millésime surprenant car il allie à la fois la pureté des cépages, l’expression de chaque terroir, la synthèse des conditions climatiques de 2019 avec une grande fraîcheur équilibrée par beaucoup d’onctuosité.

J’ai un excellent souvenir de ces vendanges où les équipes commerciales sont venues participer aux travaux de chai. Le travail d’équipe par excellence.

 

Quel est ton millésime préféré du Château s’il y en a un… ?

2018 car il est riche, les tannins sont veloutés, la fraicheur est exceptionnelle. Il reflète à la fois le climat chaud de l’été, la réaction du sol et de la vigne à la saison. C’est enfin un vin obtenu grâce à l’implication sans faille et au travail passionné des équipes. Un millésime exceptionnel à tous les niveaux.

 

Quel est ton meilleur souvenir de dégustation du Château ?

La Garde 2011 servi lors de mon mariage et partagé avec toutes les personnes qui me sont chères et comptent dans ma vie : ma femme, ma famille et mes amis.

 

Quelle est ta plus grande émotion de dégustation ?

La dégustation d’un vin blanc sec 100% sauvignon blanc sur une plage néozélandaise avec mon meilleur ami, lors des vinifications 2008 là-bas.