Après le gel d’avril, nous avons vécu une année assez contraignante au vignoble. La gestion différenciée, entre vignes gelées et non gelées, a nécessité un travail intense et une attention constante de la part des équipes. De longues semaines de soins minutieux ont été nécessaires pour nous permettre d’aborder les vendanges avec confiance et vigilance. Pour exprimer le meilleur du millésime, nous avons dû nous adapter mois après mois : précision et réactivité restent les deux mots qui ont le mieux caractérisé cette année à la vigne et au chai.

DEMARRAGE PROMETTEUR

L’hiver s’est distingué par un important déficit hydrique, et des températures remarquablement douces malgré une vague de froid en janvier. Selon Météo France, le mois de mars a été le plus chaud depuis 1957. Sous ces températures clémentes, les premiers bourgeons apparaissent la troisième semaine de mars tant sur les sols argileux que sur les terroirs chauds – 20 mars au Château Pey La Tour (Entre-deux-Mers), 22 mars au Château Le Boscq (Saint- Estèphe).

Cette belle sortie, homogène, laisse entrevoir à ce stade un millésime précoce. Sous un ciel clément, la pousse de la végétation est active : mi-avril, le vignoble est déjà bien vert, les grappes naissantes parfaitement visibles.

GEL VIOLENT SUR UN VIGNOBLE EN AVANCE

Trois nuits de gel successives, les 20, 27 et 28 avril, vient briser ce bel élan, n’épargnant que très peu d’appellations.

Les vignobles Dourthe sont touchés à des degrés divers : si les Châteaux Le Boscq et La Garde ne sont pas ou très peu affectés, nos propriétés de Saint-Emilion subissent des pertes importantes.
Sur les vignes gelées, la repousse, favorisée par une météo clémente en mai, fournit des rameaux abondants mais peu fructifères. Pour ne pas épuiser les ceps affaiblis, le travail est long et exigeant : épamprages multiples privilégiant la pousse des contre-bourgeons, élimination systématique des verjus pour faciliter la maturation des rares grappes. Nous travaillons également pour préserver ces vignes en vue de la récolte 2018 !
De leur côté, les vignes non gelées continuent d’évoluer normalement. La fleur, précoce – 18 mai au Château La Garde (Pessac-Léognan), 24 mai au Château de Ricaud (Cadillac Côtes de Bordeaux) – profite d’un mois de mai ensoleillé et sec pour se développer rapidement. A notre grand soulagement, aucun incident ne vient perturber cette phase délicate.

ETE CONTRASTE, MAIS PLUTOT FAVORABLE

Juin et début juillet ont vu alterner des journées parfois caniculaires et des pluies orageuses, accélérant notablement la véraison : visible sur merlot dès le 14 juillet sur les sols graveleux du Château Le Boscq, elle débute également tôt – 22 juillet – sur les argiles plus tardives de Reysson (Haut- Médoc). Le sauvignon du Château La Garde commence à vérer le 17 juillet.

Début août, l’avance de près de deux semaines par rapport à 2016 pour le vignoble non touché par le gel se maintient et les vignes moyennement affectées rattrapent même légèrement leur retard. Le très bon état sanitaire du vignoble nous redonne confiance.

Août est marqué par une alternance de journées chaudes et de périodes fraîches et humides. Cette météo réussit bien aux cépages rouges comme aux blancs : les journées chaudes sans excès, relayées par des nuits fraîches, accélèrent la synthèse des composés aromatiques tout en préservant leur acidité naturelle.

SEPTEMBRE : DES VENDANGES PRECOCES

Le 12 septembre, la dernière dégustation des baies de merlot montre un potentiel qualitatif bien présent. Sur les parcelles de graves, filtrantes, les baies sont prêtes, alors que les parcelles argileuses ou de vignes anciennes peuvent encore attendre.

L’épisode pluvieux annoncé pour la fin de la semaine anticipe notre décision de 2 à 3 jours pour les parcelles de jeunes vignes ou très précoces, plus sensibles, car les pellicules sont déjà fines : le signal du départ est donc donné le 13 septembre pour les merlots des Châteaux Reysson, Rahoul et La Garde.

Après une première quinzaine toute en contrastes, alternant soleil, fraîcheur et pluies, le retour du beau temps le 18 septembre achève la maturation des cépages plus tardifs. Nous avons bénéficié jusqu’en octobre de belles semaines, chaudes sans excès, avec des nuits fraîches, parfaites pour la synthèse des derniers composés phénoliques et aromatiques.

Sous cette météo clémente et en l’absence de pression sanitaire, nous avons pu nous octroyer le luxe d’une vendange à la carte, choisissant sans contrainte le meilleur moment pour chaque parcelle ou micro-parcelle. L’avance de ce millésime reste notable : les derniers cabernets-sauvignons du Château Belgrave ont été rentrés le 3 octobre – date à laquelle, certaines années, nous commencions le merlot. La fin des rouges le 6 octobre au Château Pey La Tour, propriété aux terroirs plutôt tardifs, est tout à fait inhabituelle avec sa quinzaine de jours d’avance !

Nous avons pratiqué un tri extrêmement sévère pour que seules les plus belles baies soient vinifiées. A la vigne d’abord, avec l’élimination des grappes de deuxième génération suite au gel d’avril de certaines parcelles ; au chai ensuite, avec nos équipements de tri performants à la réception de vendange, par tri optique (Châteaux Belgrave, Reysson, Le Boscq et La Garde) ou par tri mécanique soigné aux Châteaux Rahoul, Ricaud et Pey La Tour.

DES VINIFICATIONS A LA CARTE

En cette année très technique, où les choix du vigneron et du vinificateur vont faire la différence, la vigilance a également été de rigueur au chai. Nous avons travaillé avec un luxe de précaution, adaptant soigneusement les vinifications afin d’extraire des tanins et anthocyanes de qualité et respecter tout le potentiel de chaque cépage, de chaque lot. Nous avons privilégié, avant tout, une matière soyeuse, dense et élégante.

Contrasté selon les appellations, ce millésime 2017 s’avère tout à fait surprenant ! Si dans certaines de nos propriétés affectées par le gel d’avril les volumes sont très inférieurs à la normale, nous pouvons affirmer que certains lots révèlent un bon, voire très bon potentiel qualitatif.

Photos :  © Studio Twin